Francisation de kiwis : un grossiste tarn-et-garonnais devant la justice
La société tarn-et-garonnaise Delfour a été entendue devant le tribunal de grande instance de Montauban le 26 janvier, dans une affaire de fraude. L’entreprise de commerce de gros est suspectée d’avoir commercialisé près de 3 000 tonnes de kiwis italiens sous l’étiquette « kiwi français ». Son gérant, Denis Hetch, affirme de son côté avoir été lui-même trompé par la société italienne Rivoira Frutta, à qui il pensait acheter des kiwis français.
Le procureur a demandé six mois d’emprisonnement avec sursis pour le prévenu, 50 000 € d’amende et une interdiction professionnelle d’exercer dans le négoce de kiwis. Des réquisitions qui satisfont le BIK (Bureau interprofessionnel du kiwi, basé à Toulouse), partie civile aux côtés d’Interfel (interprofession des fruits et légumes frais), la Gefel (Gouvernance économique des fruits et légumes), la FNPF (Fédération nationale des producteurs de fruits, association spécialisée de la FNSEA), la Coordination rurale et la Confédération paysanne. Le jugement sera rendu le 23 février.
Une fraude sur 12 % des volumes nationaux
L’affaire intervient dans le cadre plus large d’une enquête menée par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), mettant en cause des entreprises françaises qui auraient pratiqué illégalement des opérations de francisation de kiwis italiens.
À l’origine de l’affaire : le BIK qui avait alerté la DGCCRF constatant que des grossistes français proposaient à la distribution de très gros volumes de kiwis estampillés « France » à des prix défiant toute concurrence. Suite à ces alertes, la DGCCRF avait mené une enquête de deux ans, concluant en mars 2019 au manquement de sept entreprises françaises, qui auraient ainsi commercialisé, entre fin 2016 et début 2018, 15 000 tonnes de kiwis italiens, en les affichant comme des kiwis produits en France. Un volume qui représente 12 % des kiwis français commercialisés sur cette période et une fraude de 6 M€ selon la DGCCRF.
Un préjudice de 88 M€ pour les producteurs français
Selon le BIK, la francisation de kiwis italiens a porté un gros préjudice aux producteurs français, notamment parce qu’elle a tiré les prix vers le bas. Preuve en est : depuis la fin de l’enquête menée par la DGCCRF, le prix des kiwis français payé aux producteurs a augmenté de 60 %, affirme le BIK qui « estime que ce manque à gagner pour les producteurs pourrait représenter plus de 88 M€ sur les trois récoltes de l’enquête, soit 1 265 ha de vergers de kiwis qui auraient pu être plantés ».
Deux premiers procès se sont déjà tenus à Valence (Drôme) en octobre 2019. Les sociétés Bell’fruit et Corthival avaient été condamnées à respectivement à 50 000 € et 40 000 € d’amende. Deux autres procès devraient se tenir dans les mois à venir, « un dans le Lot-et-Garonne et un second à Montauban », précise Adeline Gachein, directrice du BIK.










